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Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini]

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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Mer 11 Mai - 13:00

Elena J. Gilbert a écrit:


Nous n'acceptons plus les vampires inventé mais bon vu que j'en ai marre de devoir tout le temps répéter

Je te comprend Elena que tu en a marre de tout le temps y répéter =/ DSL si sa dérange vraiment je peut changer =/


Oui sa arrive a tout le monde ^^ mais je ne lui en veut pas


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Mer 11 Mai - 13:08

Non non c'est pas grave t'en fait pas. Avec tous les changement qu'il y a sur les groupes acceptés ou non c'est un peu dur parfois de s'y retrouver donc je vais pas en vouloir a Kayla pour ça ^^
et puis Adam sera très bien en vampire =)


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Mer 11 Mai - 13:12

Merci beaucoup Elena 12 . Mais sa m'embête un peut quoi =/


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Mer 11 Mai - 13:17

Tu devrais pas, considère toi comme un petit chanceux xD


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Mer 11 Mai - 13:25

^^ encore merci Elena


* Pour me faire pardonner, je t'offre c'est fleures >>
Spoiler:
 
*


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Mer 11 Mai - 13:27

MERCI 07
Elles sont superbes <3
Maintenant moi j'arrête de flooder, on papotera après ta validation xD


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Mer 11 Mai - 13:29

^^ Désoler


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 15:52

Elena J. Gilbert a écrit:
Elle s'est trompé alors c'est marqué en grand en rouge avant le code de fiche de présentation mais c'est pas grave hein ca arrive =)

Ooops Embarassed
Je suis vraiment désolée ! Vu que ce n'est plus marqué sur la page d'accueil (juste que les personnages féminins ne sont plus inventés) j'en avais conclu qu'ils étaient autorisés... Je vérifierai mieux la prochaine fois !


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 18:30

Pas grave


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 18:45

Spoiler:
 


Le 26 août 1475,

La jeune-fille court, virevolte jusqu'à la proue, là où les vagues s'écrasent et bouillonnent dans un tourbillon d'écume et d'azur. Elle stoppe sa course lorsque son corps vient buter contre la rembarde de bois du navire. Le vent joue avec sa chevelure, longue et légère toison d'or, striant de mèches blondes son visage fin et ses yeux bleu-clairs. Le soleil, au loin, brille de ses derniers rayons, de ses rayons les plus lumineux, et couronne d'une apothéose l'exceptionnelle journée qui se clôt.

L'adolescente soupire, et laisse ses yeux fatigués se fermer. Elle ne sait si elle est heureuse ou pas en cet instant. Peut-être un peu des deux?
Fendant la mer aussi scintillante qu'un diamant, le navire s'éloigne à une vitesse vertigineuse de la ville de Londres, et des côtes anglaises. Elle n'aperçoit plus qu'avec difficulté le clocher de l'immense église de la capitale, où a été célébré, cet après-midi même, son mariage avec le comte Levine.
Avec une once de fierté, Ann fait tourner autour de son annuaire la splendide bague de fiançailles, fine, d'or, sertie de joyaux. Le premier présent que lui offre son mari. Mais pas le dernier elle l'espère.
Et elle songe avec ravissement à ce nouvel empire qui est désormais le sien, à cette fortune qu'elle possède depuis quelques heures, et surtout à son titre de comtesse, qui ferait pâlir d'envie n'importe laquelle de ses amies.

Pourtant... Quoi d'autre pour la satisfaire que ces bêtes biens matériels? Peu de choses en définitive.
La jeune-fille vient de quitter - sans doute pour toujours - sa famille, ses amies, son pays, tout ce à quoi elle tient, et qu'elle connaît depuis son enfance. D'ici quelques jours, lorsque le navire aura longé les côtes atlantiques, franchi Gibraltar, accosté au port de Marseille et rejoint Nîmes, elle se retrouvera projeté au milieu de l'inconnu, en France, où même la langue parlée sera différente.
Du haut de ses seize printemps, elle devra, comme le lui a expliqué sa mère, remplir ses devoirs d'épouse, de femme du monde, de maîtresse de maison. L'adolescente n'est guère effrayée, elle a toujours aimé les responsabilités. Mais elle sait que cela ne sera pas facile, et redoute par-dessus tout la solitude et la séparation.

Oui, elle est seule maintenant... Car c'est sans compter la sollicitude de son mari, qui n'a pour elle qu'une indifférence aveugle. Et, arrachant ses yeux au spectacle somptueux de la mer, Ann tourne la tête afin d'apercevoir l'homme qui est désormais son mari, "pour le meilleur et pour le pire".
Il discute avec le capitaine du vaisseau. A trente-huit ans, Elias Van Mareen garde encore sur son visage vieilli quelques restes d'une beauté passée. Ses yeux gris, limpides et ternes, s'accordent avec sa chevelure déjà grisonnante. De belle prestance, il porte en lui l'aisance et la noblesse inaltérables de son rang.
Le comte termine sa conversation par quelques politesses, avant de s'engouffrer dans l'escalier menant aux cabines du bateau. Sans un sourire, sans même un regard pour sa jeune épouse. Ann détourne vivement la tête; un voile blessé et peiné vient obscurcir le turquoise fascinant de ses yeux. Comment ose-t-il, cet impertinent, la traiter avec une telle indifférence, comme si elle était transparente?

Etrangement, le comte ne semble pas le moins du monde intéressé par son mariage et sa vie de couple. Il vit dans son monde, songe la jeune-fille, entre la philosophie et la littérature, toujours le nez dans ses vieux livres poussièreux, dissertant de sujets plus ennuyeux les uns que les autres. Les deux époux n'ont pas grand chose en commun.

Ann n'est pas vraiment surprise; elle sait qu'Elias s'est marié uniquement dans un but utilitaire, sans y mêler aucune affaire de sentiments. Il le lui a dit lui-même, avec son calme impressionnant et son aisance habituelle: "Ma chère, je suis à la recherche d'une épouse, qui pourra comme il se doit porter le titre de comtesse, et me donner un héritier. Et vous semblez la parfaite candidate: vous êtes de bonne famille, avez reçu une excellente éducation, et connaissez toutes les manières du Grand Monde. De plus, vous êtes fort jolie, et ne semblez point sotte. Accepteriez-vous que nous soyons unis par les liens très sacrés du mariage?".

Et, évidemment, elle n'avait pû que dire oui. Ses parents seraient morts de honte de la voir refuser pareille demande. De plus, la mère d'Ann avait tout fait pour faciliter les choses, depuis l'arrivée du comte à Londres. Elle voyait là la chance d'un mariage inespéré, mais aussi l'occasion d'assagir enfin sa dévergondée de fille, à son goût un peu trop charmeuse et séductrice lors de tous les bals ou autres évènements mondains où elle était conviée. Ann est une personne qui aime se faire remarquer et, à seize ans, elle est déjà connue par le tout Londres.

Il fait presque nuit maintenant. Le soleil rougeoît encore à l'horizon, mais l'obscurité a déjà enveloppé les lieux.

Ann sait qu'elle est seule; mais pour combien de temps? Levant les yeux au ciel où naissent déjà quelques lumineuses étoiles, elle prit pour trouver en France quelqu'un avec qui elle puisse nouer une complicité, quelqu'un qui puisse la comprendre et l'écouter...
Puis elle se détourne brusquement et, ramenant à elle les pans de sa lourde robe de velours, elle traverse le pont d'un pas lèger en direction de sa cabine.


Dernière édition par Dimitri J. Levine le Jeu 12 Mai - 18:48, édité 1 fois


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 18:46

Le 24 mars 1477,

De la chambre close, s'échappent quelques gémissements étouffés. On perçoit aussi les bruits d'un affairement et d'une frénésie peu coutumière, comme si toute la maisonnée avait été portée, par le souffle d'un vent de panique, dans les appartements de Mme la Comtesse. La porte s'ouvre brusquement, laissant apparaître une servante à la mine affolée, qui s'élance à travers l'escalier afin de rapporter tout ce que le médecin a réclamé, du linge, de l'eau chaude, des ciseaux.
Dans la grande pièce sombre et lambrissée, où trône un immense lit à baldaquin, il fait une chaleur étouffante. Malgré l'heure tardive et fraîche du soir, malgré les porte-fenêtres grandes ouvertes, rien ne semble parvenir à faire baisser la température. Couchée dans un lit aux dras blancs, Ann garde les yeux obstinément fermés et la mine défaite. Sa respiration est saccadée, hâchée; ses traits parés de cernes violettes reflètent la fatigue qui se distille dans chaque parcelle de son corps tremblant. Son visage, crispé, entouré par des cheveux blonds poissés de sueur, laisse transparaître les souffrances contre lesquelles elle doit lutter.
Mais quand ce maudit nourrisson va-t-il se décider à naître? Il lui semble que cela fait des heures qu'elle est là, au supplice, dans une attente interminable. Elle n'en puit plus, son seul souhait est que tout cela se termine. Bien, ou mal, le destin en décidera mais, mon Dieu, que cela termine.

- Courage, Madame. J'ai appelé votre mari. La délivrance est proche.

Ann tente de sourire au médecin, heureuse de cette lueur d'espoir, mais aussitôt après une vague de douleur la submerge, et elle se mord la lèvre avec violence pour ne pas hurler. Puis sa vision se voile, tout n'est plus qu'un brouillard, mouvant, confus...



Lorsqu'Ann s'éveille et reprend connaissance, le jour pointe à l'horizon, remplissant de clarté la chambre désormais vide et calme. Elle aperçoit son mari, assis dans un fauteuil de velours à l'autre bout de la pièce, tenant entre ses bras un paquet de langes blanches emmaillottées. Tandis que la jeune-fille susurre un lèger "bonjour", Elias se lève, rejoint le lit, et dépose entre les bras de sa femme le précieux paquet.

- Toutes mes félicitations, ma chère. Vous nous avez fait cadeau d'un merveilleux petit garçon.

La jeune mère contemple sans pouvoir détacher son regard la minuscule petite créature à la peau rosée, et aux yeux bleus si fascinants. Elle réalise à peine que ce petit être puisse lui appartenir, qu'elle puisse en être responsable. Et pourtant...

- Dimitri, comme nous l'avions décidé, n'est-ce-pas?

Ann acquiesce, avant de croiser le regard et le sourire complices de son mari. Pour la première fois depuis leur mariage, les deux époux semblent partager quelque chose. Et, comme pour le confirmer, Elias se penche vers le front de sa jeune femme, et y dépose un baiser, avec une infinie tendresse.


Dernière édition par Dimitri J. Levine le Jeu 12 Mai - 18:50, édité 1 fois


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 18:46

Le 21 juillet 1487,



- Reprenez à la mesure quatre-vingt, monsieur, et avec un peu plus de concentration!

Dimitri se trouve dans le petit salon, pour son habituel cours hebdomadaire de violon. Il soupire légèrement, avant de remettre l'instrument à son épaule, et de reposer l'archer sur les cordes. Cette cantate l'ennuie à mourir. Pourquoi ce vieux barbon de professeur ne peut-il lui donner des partitions divertissantes à jouer, au lieu de ces interminables chants religieux?

- Allez-y. Trois, quatre...

Dimitri prend sa respiration, et se lance, dans une complexe chorégraphie de main gauche et de baguette. Ses doigts papillonnent sur le manche avec une incroyable agilité tandis que l'archer, léger, court sur les cordes.
Malgré son peu d'intérêt pour le morceau, Dimitri s'efforce de le sublimer, ajoutant ça et là d'expressifs vibratos. A tout juste dix ans, il joue déjà remarquablement bien.

- Voilà qui est un peu mieux.

Le vieux professeur est en fait le curé de la paroisse du village, mais il connait tout des sciences de la musique. Avec son habit noir, sa mine sévère, son crâne chauve, il effraie un peu Dim'. Le jeune garçon reprend le morceau là où il l'a laissé, s'abimant une nouvelle fois dans la lenteur pompeuse de la cantate. Au bout de quelques mesures cependant, il relève les yeux, et c'est à cet instant qu'il croise du regard la pendule, posée sur le marbre de la cheminée. Son cœur sursaute; il est plus de seize heures! Le temps a passé bien plus vite qu'il n'y paraissait, et voilà que maintenant il est en retard à son rendez-vous avec Heidi!
La partition défile devant ses yeux, brouillard d'encre noire et de papier, car Dim' n'y prête plus guère attention, trop absorbé par ses réflexions sur le moyen de s'échapper. Il ne veux rater son rendez-vous pour rien au monde, surtout que pour une fois sa meilleure amie a promis d'être à l'heure, et qu'ils ont prévu une escapade de l'autre côté de la rivière.
En sachant qu'il met cinq minutes pour parvenir à leur lieu de rendez-vous, et que la partition dure encore deux pages, donc environ dix autres minutes, il risque d'avoir plus de vingt minutes de retard! Elizabeth aura-t-elle eu le courage d'attendre, ou sera-t-elle repartie pour lui donner une bonne leçon?
Il n'a pas le temps de répondre à ses interrogations, et se contente de sursauter, car le vieux monsieur vient d'ôter du pupitre le cahier à musique et de le refermer violemment. Sans le moindre ménagement, il l'envoie valser dans l'étui à violon, à l'autre bout de la pièce.

- De qui vous fichez-vous, jeune-homme? La musique ne se fait pas à moitié, il faut ne penser qu'à elle lorsqu'on l'interprète!

Le professeur semble furieux. Dimitri baisse les yeux au sol, terrorisé.

- Filez! Et nous vous avisez pas de revenir la prochaine fois sans avoir médité sur mes paroles!

Le garçon ne se fait pas prier, il court remballer ses affaires. Un instant plus tard, il est à la porte:

- Au revoir, Monsieur...

En fermant le battant, il ne peux réprimer un sourire. Il ne l'a pas fait de son plein gré, et pourtant il a réussi à s'échapper. Qui sait, peut-être a-t-il encore une chance de passer sa fin d'après-midi à faire les quatre-cents coups avec Elizabeth?
Sans plus attendre, il dévale les escaliers en directions du jardin.


***


Dim' s'est laissé choir dans l'herbe fraîche et verte, le dos contre l'écorce d'un pommier. Son regard balaie l'horizon; d'ici il aperçoit le château, grande bâtisse sombre à sa gauche, puis la forêt devant lui, et enfin la prairie qui descend vers la droite, vers le soleil. Mais pas la moindre trace de son amie, elle n'est nulle part.
Soudain, deux petites mains fraîches se posent sur ses yeux.

- Bonjour!

Avant même d'avoir entendu la voix haute et pétillante, Dim' a reconnu de qui il s'agissait.

- Elizabeth, enfin!

La fillette libère son étreinte, et il aperçoit son expression outrée.

- Comment ça, enfin? Mais c'est toi qui est en retard! Je me suis cachée simplement pour te donner une leçon!

- Je me demande bien quelle leçon tu peux donner alors que tu n'es jamais à l'heure d'habitude!

Elizabeth tire la langue, avec un air de petite princesse exaspérée, mais ses yeux rient. La bataille ne dure jamais longtemps entre ces deux-là. Et peut-on appeler ça une bataille, lorsqu'ils se contentent de se chamailler sans jamais s'en vouloir?

- Bon, que fait-on?


- On n'avait pas dit qu'on traverserait la rivière?

Elizabeth acquiesce. Les yeux des deux enfants pétillent rien qu'à cette idée. L'aventure leur tend la main chaque jour, ils aiment explorer le domaine en long et en large, se lancer dans des escapades toujours plus folles et exhaltantes.

- On fait la course?

Mais elle n'attend même pas la réponse pour se s'élancer à travers la prairie. Dim' la rattrape en quelques secondes, et leurs deux rires se mêlent alors qu'il progressent vers le soleil, dégringolants à une allure folle la vallée scintillante de verdure. Heureux, innocents, ils n'ont même pas conscience de l'insouciance que leur offre leur jeunesse.


Dernière édition par Dimitri J. Levine le Jeu 12 Mai - 18:59, édité 2 fois


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 18:46

Le 30 juillet 1490,


Les deux jeunes gens se laissent tomber dans l’herbe fraîche, le corps secoué de hoquets de rires. Leur respiration est rapide et saccadée, ils peinent à se remettre de leur précédente course à travers la campagne. Cette soirée restera décidément gravée dans leurs mémoires.
Voilà plusieurs jours qu’ils préparaient cette petite escapade et, lorsque le soleil a eu disparu derrière l’horizon, que tout a été masqué par l’obscurité naissante du soir, ils en ont profité pour s’échapper tous deux de leur chambre respective, et pour se rejoindre au lieu habituel.
Dimitri et Elizabeth se sont rarement autant amusés ensembles que durant ces dernières heures, et c’est sans doute parce que ce partage a une délicieuse saveur d’interdit.

- On devrait peut-être rentrer, tu ne crois pas ?


Les paroles de Dimitri s’élèvent vers le ciel. Il est étendu sur le dos, dans l’herbe haute de la prairie, et son champ de vision se réduit à la voûte céleste, piquée de milliers d’étoiles scintillantes. Pourtant, il devine la présence d’Elizabeth tout à côté, à cause de sa respiration, plus calme de secondes en secondes.

- Oh, non ! S’il te plaît, pas encore!

- Très bien, comme tu veux.

Le silence retombe et, pour une fois, il n’est rompu par aucun des deux adolescents. Après leur étourdissante soirée, ils semblent brusquement assagis et calmés. Peut-être est-ce la beauté du ciel, vaste mer de diamants courant à l’infini, qui les rend si pensifs?

- C’est tellement beau… Tu ne trouves pas? Vient de murmurer Elizabeth.

Dimitri laisse un sourire attendri se dessiner sur ses lèvres, et répond par un « oui » tout aussi admiratif.
Les secondes passent, les minutes aussi. Finalement, Dimitri se redresse légèrement et, appuyé sur le coude, il croise le regard espiègle de sa meilleure amie. Le jeune homme la contemple avec une fascination non dissimulée, frappée comme toujours par sa beauté et sa perfection. Sa peau de porcelaine, si claire, contraste avec la couleur sombre de sa chevelure bouclée, courant sur l’herbe telle une immense corolle brune et soyeuse. Son visage ciselé, ses lèvres roses et pleines; comment peut-elle, après tant d’années, exercer sur lui une attirance de regard si magnétique?

- Toi aussi, tu es belle, laisse-t-il échapper avec sincérité.

La jeune fille, légèrement surprise, laisse aussitôt place sur son visage à une expression ravie et un sourire satisfait. Elle a beau le savoir déjà, Elizabeth ne refuse jamais les compliments.

- Merci, comme c’est gentil!

Et, s’asseyant, elle dépose un rapide baiser au bas de la joue de Dimitri , sur l’arête de sa mâchoire. Douces et légères, les lèvres d’Elizabeth lui donnent comme la fugace impression d’un papillon posé sur son visage. Et il se retient, in extremis, de l’embrasser.
Cela s’est déjà produit, cependant ils ont grandi depuis. Pour Dimitri , tout n’est plus un jeu comme par le passé. Prendre une telle initiative, il n’ose plus; cela ne se fait pas, c’est tout.
A la place, il se contente d’attraper sa taille, et de la serrer contre lui dans une amicale étreinte. Elizabeth se blottit confortablement contre son épaule ; et le temps passe, rythmé par l’écho de leurs deux respirations apaisées, témoin de leur complicité et de leur mutuelle affection.
L’instant frôle la perfection, et Dimitri a rarement ressenti une paix intérieure si manifeste. Discrètement, il plonge le nez dans la chevelure fraîche et soyeuse de son amie, incapable de résister à l’enivrante odeur qu’elle dégage.
C’est Elizabeth la première qui, relevant la tête, rompt le silence religieux de la nuit.

- Tu as raison, on ferait mieux de rentrer.

Les deux adolescents se séparent, et Dimitri ne peut réprimer un imperceptible pincement au cœur.

- Sage décision. Si nos parents découvrent qu’on court la campagne à une heure pareille, au lieu de dormir sagement dans nos chambres, ça risque de très mal finir!

Elizabeth lui lance un sourire espiègle, guère effrayée par la menace de l’autorité parentale.

- Allons, viens. Je te raccompagne.






Plus tard dans la soirée,


La lune est déjà descendue de l’autre côté du ciel, lorsque Dimitri pénètre par la petite porte de l’arrière du château. A une heure si tardive, mieux vaut qu’il ne rencontre aucun domestique, ni ses parents… Il vient de raccompagner Elizabeth et, après cette dernière course à travers la campagne, le jeune homme est éreinté de fatigue. Mais profondément heureux. Cette soirée avec sa meilleure amie était délicieuse, il réalise un peu plus chaque jour à quel point elle est importante. Comment pourrait-il vivre sans ce rayon de soleil espiègle et imprévisible qu’elle lui apporte ?
Soudain, coupant court à ses rêveuses pensées, le jeune homme stoppe sa course en haut du grand escalier. Il perçoit le son étouffé d’un pas, et d’un froissement d’étoffe. Sa respiration s’accélère alors qu’il tâche, avec le plus de rapidité et de discrétion possible, de se glisser dans le couloir de droite, pour se dérober à la vue du mystérieux inconnu. Là, masqué du couloir principal par le mur, retenant son souffle, l’adolescent tend attentivement l’oreille. Le bruit de pas ne se rapproche-t-il pas ? Si, et il entend de plus en plus distinctement l’allure légère et le chuchotis du tissu sur le sol marbré. C’est sa mère, pas de doute là-dessus ; il reconnaît parfaitement sa démarche.
Cependant, tout en priant pour qu’Ann ne croise son chemin ni ne l’aperçoive, Dimitri ne résiste pas à glisser un regard au dehors de sa cachette. Et il aperçoit sa mère, la mine sombre éclairée par un candélabre qu’elle tient à la main, qui marche d’un pas rapide puis s’immobilise devant la porte de la bibliothèque, d’où filtre une faible lumière. Cheveux blonds épars sur ses épaules, vêtue d’une simple robe d’intérieur noire, la comtesse semble tellement plus jeune et naturelle qu’au quotidien. Elle frappe un coup sec sur le bois lambrissé, avant de pénétrer dans la pièce. Mais la porte, au lieu de se refermer normalement, rebondit légèrement sur le gond et s’arrête, presque close mais assez entrouverte pour pouvoir jeter un œil à l’intérieur sans être vu. Dimitri n’en revient pas de sa chance, lui qui est littéralement rongé par la curiosité. Et, quittant son obscur couloir, il se glisse avec une discrétion féline jusqu’à la porte mi-close.

- Bonsoir, Elias.

Comme l’avait supposé le jeune homme, Ann est venue voir son époux, la seule personne qui reste dans la bibliothèque jusqu’à une heure si avancée de la nuit. Ce dernier relève les yeux de son manuscrit puis, ôtant ses petites lunettes rondes de son nez, il salue sa femme en retour, sans pouvoir cacher sa surprise.

- Si cela ne vous dérange pas, j’aimerais vous entretenir d’une affaire importante.

- Bien sûr, ma chère, qu’y a-t-il ?

De son angle de vue, Dimitri ne peut apercevoir l’expression de sa mère, puisqu’elle se trouve dos à lui. Cependant, il aperçoit parfaitement la réaction de son père, qui affiche une mine tout aussi étonnée qu’intriguée. Il est vrai que, excepté pendant les évènements mondains et les dîners familiaux, les deux époux ne se fréquentent guère, menant leur vie chacun de leur côté, et il n’est donc pas courant de les voir s’entretenir d’ « affaires importante ».
Tout en songeant qu’écouter aux portes n’a rien de très correct, Dimitri ne peut s’empêcher d’éprouver un léger frisson d’excitation devant tous ces mystères. Et, lorsque sa mère reprend la parole, il retient son souffle afin de se rien perdre de la conversation.

- Et bien… Hier soir, avant d’aller me coucher, j’ai rendu une petite visite à notre régisseur, pour l’entretenir d’un bal que je souhaiterais organiser, en l’honneur des fiançailles de votre nièce – vous savez, la petite Adélaïde. Bref, je me suis vue répondre que cela semblait impossible. Que l’état de nos finances risquait pour le moment de ne pas permettre une telle dépense. Et que c’était à vous seul, Elias, de décider de la vie ou la mort de mon projet.
Bien évidemment, je suis immédiatement venue vous en parler. J’aimerais que vous m’expliquiez pourquoi le régisseur tient des propos si incohérents et…


La voix d’Ann reste en suspens. Et le jeune homme suppose qu’elle s’est interrompue à cause de la réaction de son père, ce dernier étant désormais livide et figée, comme si le sang s’était totalement retiré de son visage aux traits fatigués. En quelques secondes, la situation semble avoir dangereusement dérapé, et cela n’a échappé ni à Dimitri ni à sa mère.

- Pardonnez-moi, je… Je ne vous en ai pas touché un mot, mais c’était dans l’unique but de ne pas vous alarmer. Voyez-vous…

La conversation meurt pour la seconde fois, sur les lèvres d’Elias. Il semble bien incapable de continuer, mais le silence épais, étouffant et cotonneux qui s’installe l’oblige à poursuivre.

- Nous sommes ruinés, Ann.

Les mots, tant attendus et tant redoutés, tombent tel un couperet. Dimitri n’est qu’à moitié surpris, cependant il ne peut s’empêcher un coup d’œil inquiet vers la silhouette de sa mère. Comment va-t-elle encaisser le choc ? Mal, c’est évident. La comtesse ne peut pas vivre dans le dénuement, sans argent et sans richesse ; c’est impossible.
D’ailleurs, sa voix s’élève de nouveau, toujours mélodieuse mais pourtant altérée par l’émotion.

- Ruinés ? Vous moquez-vous de moi ?

- Pas du tout, malheureusement.

- Mais enfin ! Comment est-ce possible ?

- Je n’en sais rien, ma chère. Simplement, nous n’aurons bientôt plus un sou…

- Il doit bien exister une solution ! Pourquoi… Pourquoi ne pas vendre une partie du domaine, ou le pavillon de chasse par exemple ?

Le comte, qui jusque là dissimulait son affectation sous une indifférence feinte, semble s’éveiller brusquement : son visage prend une teinte cramoisie.

- Je n’ai pas été capable de sauver la fortune familiale. Me croyez-vous encore assez inconscient et stupide pour morceler notre domaine, qui nous appartient depuis des générations ?

Mais c’est mal connaître Ann que de la défier, et l’impétueuse comtesse n’est pas en reste pour répliquer.

- Et croyez-vous qu’il est préférable de vivre comme des miséreux, de n’être plus reçu nulle part, de faire honte à notre statut et à notre titre ? Avez-vous seulement pensé à votre fils, qui héritera d’un empire de dettes et d’un château en ruines ? Non, bien sûr, vous n’y avez pas pensé ! Simplement parce que la seule chose à laquelle vous pensez, ce sont ces maudits bouquins ! Si vous passiez un peu moins de votre temps à rêvasser, à lire ou à écrire, peut-être ne nous retrouverions-nous pas dans le plus triste dénuement ?

Le ton monte dangereusement. Pendant que la comtesse rejette les cheveux en arrière, dans un ultime élan de mépris, son mari se prend la tête dans les mains.

- Calmez-vous Ann, je vous en prie. Asseyez-vous ; nous avons besoin de discuter.

Alors que sa mère fait volte-face et prend un siège, le jeune homme a tout juste le temps de se rejeter en arrière, dans l’obscurité du couloir, pour ne pas être vu. Il en a assez entendu pour ce soir, lui semble-t-il. Et, le cœur encore battant de toutes ces révélations, il s’échappe vers l’escalier et rejoint sa chambre sans un seul bruit, dans le plus profond des silences.


Dernière édition par Dimitri J. Levine le Jeu 12 Mai - 19:14, édité 1 fois


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 18:46

15 juillet 1491,

Deux silhouettes qui s’éloignent au pas de course, fuyant vers l’étendue immense des champs de blé et de lavande, vastes mers or et violine agitées par le vent. Il fait une chaleur étouffante, en ce début d’été provençal; l’air semble crépiter littéralement sous la puissance des rayons du soleil. Pourtant, cela n’empêche pas les deux adolescents de courir à en perdre le souffle, à travers cette campagne flamboyante de fin d’après-midi. Leurs deux rires se mêlent ; celui d’Elizabeth haut et léger s’élève vers le ciel, tandis que celui grave et mélodieux de Dimitri se répand de toutes parts dans l’air ambiant.
Ils stoppent enfin leur course, arrivés dans la prairie jaune dont l’herbe brûlée par la chaleur, s’étend jusqu’à la lisière ombragée des bois. Ce lieu leur est plus que familier, c’est depuis toujours leur refuge et leur point de rendez-vous. Et même maintenant qu’ils ont grandi, l’endroit garde intact à leurs yeux sa valeur affective et sa magie.
La jeune fille s’est laissée tomber au sol avec nonchalance, secouée toujours par de violents hoquets de rire. Dimitri la contemple un instant avant de s’allonger près d’elle, sans cesser de sourire. Même les cheveux en bataille, songe-t-il, le visage rougi et la robe sens dessus dessous, elle reste tout aussi rayonnante, et même encore davantage puisque sa beauté semble au-dessus de toutes considérations matérielles.

- Tu as vu sa tête? Quand tu lui as demandé ce qu’il attendait?

Le jeune homme n’a pu s’empêcher de rappeler à sa meilleure amie le pourquoi de leur hilarité. Et les deux complices repartent de plus belle dans leur inextinguible fou rire.
Cet après-midi, ils se sont livrés à leur activité favorite: le jeu de la séduction. Fréquemment, ils s’amusent à jouer de leurs charmes, à séduire le plus illustre des inconnus, gardant toujours un mépris sans bornes pour leurs conquêtes. En résumé, le jeu consiste à se moquer des pauvres innocents qui tombent dans leurs filets, attirés par la sulfureuse et époustouflante beauté des deux adolescents. Aujourd’hui, comme souvent, c’était le tour d’Elizabeth . Les deux amis se sont beaucoup amusés à voir la jeune fille séduire un petit paysan au regard naïf, puis ils ont pris la poudre d’escampette. Divertissement peu charitable, sans nulle doute, mais Elizabeth et Dimitri n’y prêtent guère attention. Du haut de leurs seize ans, tous deux riches et titrés, ils ont l’illusoire impression que le monde est à leurs pieds, et conservent en toutes circonstances une aisance et un charisme impérieux. Inséparables, tels les deux doigts d’une main, ils ne laissent pas passer une seule journée sans se voir.
Peu à peu, leurs deux rires s’éteignent, et Dimitri reste pensif, ne sachant pas quoi ajouter. Il fait confiance à Elizabeth pour relancer la conversation. Et, en effet, la jeune fille ne se fait guère attendre. Redressant son buste, elle lui donne un coup de coude léger en travers des côtes, signe que la courte salve de paix est terminée, que les taquineries et autres joutes verbales ou physiques peuvent reprendre entre eux. Le sourire que la jeune fille lui adresse est éblouissant de sincérité, mais ses yeux sont emplis d’audace et de malice féline. Avec elle, le jeu ne se termine jamais.

- Demain, c’est ton tour?

L’adolescent fronce les sourcils, prêt à secouer la tête en signe de refus. Il a beau aimer beaucoup ces petits jeux, le jeune homme préfère de loin regarder Elizabeth agir que d’agir lui-même. Sans qu’il puisse expliquer pourquoi, un certain malaise subsiste toujours au fond de lui lorsque c’est à lui de séduire. Peut-être est-ce à cause de son amie qui l’observe? Ou bien à cause d’une culpabilité qu’il ne peut s’empêcher de ressentir en sachant qu’il fait souffrir d’innocentes jeunes filles?
Il soupire légèrement, cherchant le moyen le plus approprié pour faire accepter sa réponse négative à Elizabeth . Avec un compliment, peut-être? Cependant, il sait qu’elle n’abandonnera pas la partie si facilement.

- Oh, Elizabeth ! C’est bien plus marrant lorsque c’est toi.

La jeune fille lui offre une moue satisfaite, mais ne se laisse pas avoir par son petit éloge. Immédiatement après, ses yeux d’encre violette prennent la teinte de la supplication. Elle se penche légèrement vers lui, assez pour que quelques mèches de ses cheveux viennent frôler l’épaule de Dimitri et exalter leur habituel parfum envoûtant.

- S’il te plaît, Dim'.

Ses fascinantes lèvres roses s’agitent avec lenteur, au gré des mots qu’elle forme sur un ton de tragédie, comme si l’avenir de l’humanité toute entière se jouait là.
Dimitri s’en veut d’être aussi influençable, mais il hoche finalement la tête, en signe de résignation et d’acceptation. Comment peut-elle avoir un tel pouvoir sur lui? Elle a beau être une femme, fragile et chétive, c’est elle qui mène la danse dans leur duo, et ce depuis toujours. Cette fois-ci encore, Elizabeth affiche son sourire lumineux de satisfaction, l’habituel sourire du moment où Antoine cède à ses caprices. Elle ébouriffe les cheveux de son ami, tout en éclatant de rire. Le jeune homme, quant à lui, soupire légèrement puis se recoiffe à l’aveuglette, tâchant de remettre un peu d’ordre dans les mèches fines et dorées de sa tignasse. Complètement indifférente à ses efforts, Elizabeth réplique avec une moue pleine de malice :

- Mais Dim'! T’es bien plus séduisant les cheveux en bataille.

Il hausse les sourcils, et contemple ses éclats de rire avec une expression agacée. En moins d’une minute, elle a réussi à l’appeler deux fois par son surnom, alors qu’elle sait pertinemment que cela l’exaspère au plus haut point. Et en plus elle se moque de sa coupe de cheveux. Autant dire deux fautes impardonnables, qu’il va s’empresser de lui faire payer. Dès qu’il aura une idée, tout du moins.
Mais pour le moment, la jeune fille vient de se laisser tomber sur son épaule, dans un élan imprévisible, comme à son habitude. Les deux adolescents s’allongent de nouveau dans l’herbe rêche, l’un contre l’autre. Le ciel azur s’étend devant eux, avec l’éclat lumineux et profond de ces journées d’été. Partout, de gros nuages cotonneux voguent dans cette étendue bleue, tandis que plus haut, d’autres, longs rubans de nacre déchiquetés, progressent plus lentement encore. Le soleil a quitté son zénith, cependant la chaleur reste étouffante, et Antoine sent sa peau plombée par les rayons de lumière brûlants. Il met les deux mains sous sa nuque, tandis qu’Elizabeth rompt le silence:

- Regarde! Tu ne trouves pas qu’on dirait un chat?

Le jeune homme observe le nuage qu’Elizabeth a indiqué d’un gracieux signe de tête. Puis il s’amuse à prendre un ton méprisant quand il réplique:

- Un chat? Plutôt une grosse théière, non?

Elizabeth se redresse pour lui tirer la langue avec une moue offusquée, puis ils partent tous deux dans un commun éclat de rire, où se mêlent leur amusement et leur bonne humeur. Le jeu continue, à mesure que les nuages aux formes étranges défilent devant leurs yeux, d’une allure pompeuse et tranquille.
A un moment, Elizabeth lui donne un coup de coude et, levant le doigt vers une longue masse blanche aux contours complexes, elle s’écrie sur le ton de la plaisanterie:

- Tu as vu celui-là? Je trouve qu’il te ressemble… On dirait un épouvantail.

Dimitri lève les yeux au ciel, tandis que la jeune fille s’esclaffe, laissant s’envoler son rire aux délicieuses intonations. Décidément, elle cherche les ennuis. Bien décidé à prendre sa revanche sur les moqueries de la demoiselle, il se redresse. Elle ne l’entend ni ne le voit venir, trop occupée à tenter de calmer le fou rire qui l’agite. Lorsque le jeune homme saisit les bras d’Elizabeth entre ses mains, elle ouvre deux grandes pupilles baignées d’étonnement. Le garçon a mis toute son énergie dans l’offensive; il se retrouve à passer par-dessus le corps de la jeune fille, mais toujours sans lâcher ses bras. Si bien qu’emportés par leur élan, ils dévalent ensembles la pente douce du pré. Leurs rires se mêlent à leurs cris, dans une délicieuse cacophonie. Finalement, ils atteignent le bas de la pente. Dimitri n’en revient pas de sa chance: il se retrouve au-dessus de son amie; c’est toujours lui qui tient les rênes. Savourant sa victoire, il libère de sa poigne de fer les bras délicats d’Elizabeth , mais il plaque ses mains au sol en sorte qu’elle ne puisse pas bouger. Un sourire satisfait aux lèvres, ses yeux bleus rieurs pleins d’arrogance, il se penche vers elle et murmure à son oreille:

- Et comment tu t’en sors, là?

On dirait que c’est lui qui a gagné, finalement. Les deux adolescents se sourient, et Dimitri attend avec patience qu’elle se résigne à la défaite. Mais rien ne vient, ou plutôt, si, quelque chose auquel il ne s’attendait pas.
Sans que rien ne le laisse présager, la jeune fille s’approche de son visage, près, si près que leurs lèvres se rencontrent. Leur baiser ne dure qu’un instant, car Dimitri tente de se détacher d’elle. Il aimerait lui dire que cela lui semble une très mauvaise idée, mais il n’en a pas le temps, car déjà un chuchotis léger parvient à son oreille.

- Chut…

L’ordre était plus doux qu’une caresse, mais le jeune homme ne pense pas une seule seconde à protester. Et, lorsqu’elle reprend sa bouche, il sent sa volonté s’envoler à tire d’ailes. Son esprit est désespérément vide, il ne songe plus qu’à ces lèvres douces, ces lèvres roses à la courbure si merveilleuse et parfaite. Il libère la jeune fille de son étreinte et, roulant sur le côté, il saisit sa nuque, pour l’embrasser avec une passion de plus en plus dévorante. Leurs deux souffles s’accélèrent, saccadés, à l’unisson. Il plonge son visage au creux de la nuque d’albâtre de l’adolescente, respirant, caressant de ses lèvres la foisonnante chevelure brune, tandis qu’elle parcourt de ses doigts frais le corps du jeune homme, descendant du torse à son ventre, puis remontant dans son dos, vers ses épaules, son visage. Pour Dimitri, chaque caresse ressemble à une brûlure, tant sa peau est à vif. Doucement, il passe une mais derrière le dos de son amie, pour l’aider à s’asseoir au plus près de lui. Sans lâcher ses lèvres une seule seconde, il l’emprisonne au creux de ses bras, dans une étreinte violente et passionnée, où leurs deux corps ne se distinguent même plus l’un de l’autre. Si frêle, si délicate, elle lui fait l’effet d’une poupée de chiffon qu’il tiendrait entre ses mains. Sa vision, son esprit, tous ses sens, sont obscurcis par un étrange brouillard doré, fruit de sa passion et de son désir grandissants. Il semble ne même plus avoir d’emprise sur lui-même, laissant ses mains partir à la découverte du corps de son amie, et remonter, en de brûlantes caresses, le long de sa jambe. Les lèvres du jeune homme, elles glissent lentement de sa bouche à l’arête de sa mâchoire, encore plus lentement le long de son cou, de son buste, pour enfin s’arrêter au creux de ses seins de nacre. Consciencieusement, il entreprend de déboutonner l’interminable rangée de boutons de sa robe, tandis qu’elle tente elle aussi de lui ôter ses vêtements. Puis Dimitri revient à ses lèvres, et ils s’embrassent à pleine bouche, à en perdre le souffle.
Plus rien n’existe que leurs deux cœurs qui battent follement à l’unisson, que les torrents de désir passionnel qui ont envahi chaque parcelle de leurs deux corps. Ils sont seuls au monde, un homme et une femme, dans le paradis originel. Non, plus rien n’a d’importance que cet instant d’idylle où le temps suspend son vol, où tout semble se rejoindre, le corps, l’esprit, dans une communion parfaite.



Plus tard dans la soirée,

Le soleil n’est plus qu’une lueur rouge à l’horizon, lorsque Dimitri parvient enfin au château des Levine. Ignorant la grande porte d’entrée, il se dirige d’un pas pressé vers les écuries. Là, il trouve un palefrenier, qu’il prie de seller son cheval préféré, un splendide azelan noir, aussi nerveux que rapide.
Le jeune homme tente d’attendre le plus calmement possible pendant que le palefrenier s’affaire, mais il en vient presque à trépigner d’impatience. Il faut qu’il se change les idées, et vite. Une longue randonnée à cheval à travers la campagne, c’est le meilleur moyen qu’il aie trouvé pour démêler le fatras inconcevable de ses pensées.
Enfin, l’homme d’écuries réapparaît, amenant derrière lui le grand azelan noir. Quelques secondes plus tard, Dimitri traverse au grand galop la propriété familiale et s’échappe dans la campagne, vers le soleil couchant.
Le vent fouette son visage, lui coupant presque le souffle. Et comme si l’animal avait senti l’humeur tourmentée de son maître, il accélère encore l’allure, décuplant ainsi la violence de toutes les sensations. Mais Dimitri se sent mieux. Beaucoup mieux. Toute la détresse, toute la confusion de cette fin de journée semblent avoir été balayées par cette course folle à travers les champs. Seul, subsiste ce sentiment d’étonnement: il n’arrive toujours pas à croire qu’il aie sauté le pas avec Elizabeth , cet après-midi. Peut-être devrait-il regretter leur acte – après tout, faire ce genre de choses avant le mariage est tout ce qu’il y a de plus scandaleux – cependant il ne parvient pas à ressentir ne serait-ce qu’une once de remord. La seule chose qu’il ressent, c’est un sentiment inouï de bonheur et de félicité. Et il y a ce petit quelque chose, au fond de sa poitrine, qui le fait se sentir étrangement bien.
Serait-il… amoureux? La question le fait presque sourire. Il n’en sait rien. Peut-être, après tout. Le fait est que, cet après-midi, il a pris conscience d’un sentiment dont il n’avait jamais encore réalisé l’existence.
Voilà, tout est plus clair maintenant. Mais il n’a pas envie de rentrer, pas encore. Pour une fois, la solitude semble une merveilleuse compagne de voyage. Et, forçant encore l’allure, il continue sa course effrénée à travers champs, comme s’il s’était lancé à la poursuite du soleil couchant.


Dernière édition par Dimitri J. Levine le Jeu 12 Mai - 19:26, édité 2 fois


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 18:47

Le 4 janvier 1494,

Il fait nuit noire dehors, une nuit scintillante d’étoiles. Dans la chambre de Dimitri, l’obscurité règne, malgré la lueur diffuse d’une bougie, posée sur le secrétaire. Le jeune homme jette un dernier regard à la glace, passant la main dans sa fine chevelure châtain, avec le vain espoir de remettre un peu d’ordre à sa coiffure. Puis il attrape le petit bougeoir d’argent, s’engouffre dans le couloir sombre d’un pas pressé, en direction de la salle à manger. Il n’est pas très en avance pour le dîner, mais il a quand même pris la peine de se changer, optant pour une redingote d’un beige clair sur sa traditionnelle chemise blanche. Sa mère a toujours tenu à ce qu’ils soient élégamment habillés pour le souper; une tradition que le jeune homme juge assez ridicule et absolument inutile, mais qu’il s’efforce de respecter pour ne pas froisser la comtesse.
Jetant un rapide coup d’œil à la petite montre qui dort dans sa poche, il réalise que la soirée est déjà bien avancée. Le dîner va traîner en longueur, comme d’ordinaire; à coup sûr il sera en retard à son rendez-vous. Et Elizabeth est loin d’être la patience même, il a déjà eu l’occasion de l’apprendre à ses dépends.

Deux années ont passé, presque trois, depuis cet inoubliable après midi de juillet. Dimitri a dix-huit ans désormais. Plus grand, plus mûr, il garde cependant sur ses traits l’air angélique qu’il a toujours eu, avec son visage régulier, ses yeux bleus d’océan et sa chevelure claire.
Certaines choses ont changé, d’autres pas. Après cette fameuse soirée où il avait réalisé la véritable nature de ses sentiments pour Elizabeth, le jeune homme avait cru et espéré que leur relation évoluerait. Mais le lendemain soir, lors de leurs retrouvailles, il avait vite déchanté. Elizabeth jouait à l’indifférente, comme si tout ce qui s’était passé le jour précédent n’avait pas la moindre importance, était oublié, rêve brumeux qu’on oublie sitôt sorti du lit. Et, comme d’habitude, la jeune fille imposait sa loi: il avait suivi le mouvement, n’osant lancer la conversation, lui qui avait tant de mal à parler de ses sentiments. Et les choses avaient suivi leur cours, sans que rien ne change entre eux. Toujours d’éternels jeux, d’éternelles chamailleries, mais aussi d’inoubliables moments de complicité, où leur amitié éclatait au grand jour comme un soleil.
Ses sentiments à lui étaient, et sont toujours les mêmes. Il l’aime avec autant, si ce n’est plus de force que par le passé. Ce qu’il ressent lui semble inaltérable, tout comme le diamant ne s’érode jamais avec le temps. Quant aux sentiments d’Elizabeth, il n’a pas la moindre idée d’où vient son pressentiment, mais tout son cœur et tout son esprit lui murmurent qu’elle aussi l’aime d’amour. Certes, cela peut paraître un peu cavalier, surtout connaissant toutes les grâces et tous les talents d’Elizabeth, qui est une jeune femme exceptionnelle. Cependant, il connaît son amie mieux que personne, et cela n’est pas qu’une intuition. C’est une certitude.
Sachant cela, comment se fait-il qu’elle joue l’indifférente? Dimitri y a longuement réfléchi, et ne voit que deux solutions. Soit elle attend que lui se déclare, soit elle n’a pas encore réalisé quels étaient ses sentiments. Dans les deux cas, c’est au jeune homme de lui ouvrir les yeux, chose qu’il compte bien faire dès que le moment sera venu. Il aurait pu le faire depuis déjà bien longtemps, cependant une autre idée a germé dans son esprit, une idée à la fois déroutante et pleine de promesses. Puisqu’ils ne peuvent se passer l’un de l’autre, alors… pourquoi ne se marieraient-ils pas? Oui, c’est bien ce à quoi songe Dimitri, depuis plusieurs mois maintenant. Cependant, pour se marier, il faut de l’argent. Jamais le jeune homme n’oserait proposer à Elizabeth les conditions de vie restreintes par les dettes et le manque de fortune que lui et sa famille subissent quotidiennement. Ils ont du congédier la quasi-totalité de leur personnel de maison, ne font plus de voyages jusqu’à Marseille ou Paris, mangent moins de viande, et la comtesse m’achète presque plus de nouvelles robes ni de bijoux. Bien sûr, ils sont loin d’être réduits à la mendicité, mais le luxe auquel Dimitri a été habitué enfant lui manque.
Depuis quelques mois cependant, les choses vont mieux. Poussé par son projet de futures fiançailles, le jeune homme a persuadé son père de le laisser prendre les rênes des affaires familiales. Désormais, il gère presque seul le domaine des Levine, et il se débrouille beaucoup mieux que son père, c’est indéniable. D’ici quelques temps, leurs dettes seront sûrement épongées en totalité, et Dimitri pourra enfin faire sa demande auprès d’Elizabeth. Il sait que tout cela ne sera pas aisé, mais il garde en l’avenir une confiance parfaite, pleine d’aveuglement.

Parvenu devant la porte de la salle à manger, il frappe discrètement sur le bois sombre, puis pénètre discrètement dans la pièce, éclairée seulement par quelques bougies. Ses parents l’attendent devant leurs assiettes vides, conversant à voix basse d’un air indifférent. Le jeune homme s’installe à table, inclinant légèrement la tête pour saluer le comte et la comtesse.

- Bonsoir. Veuillez m’excuser pour mon retard…

C’est Ann qui lui répond, d’une voix étonnement douce, tout en lui souriant:

- Ne vous excusez pas, Dimitri, ça n’est pas grave.

Il lui rend son sourire, et le souper débute. Pour une fois, la conversation est vive et animée, et il passe un bon moment.

- Oh, Antoine! Savez-vous ce que j’ai appris chez Mme de Moroy, cet après midi?

Le concerné lève les yeux vers sa mère. Tous ces potins de salon, il s’en fiche royalement. Cependant, il interroge quand même la comtesse du regard, ne souhaitant pas la froisser. C’est à cet instant qu’il remarque une lueur dans ses yeux, une lueur inhabituelle. Outre l’excitation, il y a comme un voile d’inquiétude au creux de ses pupilles bleu pâle.

- Et bien, je me suis rendue chez elle pour une petite visite de voisinage. Par une heureuse coïncidence, la duchesse de Leroy était là aussi. Elle m’a annoncé une incroyable nouvelle: sa fille s’est fiancée aujourd’hui même! Avec ce fameux noble de passage, vous savez, le Duc d'Armant. Il me semble bien que la petite Elizabeth est votre amie, n’est-ce pas? J’ai…

La duchesse s’interrompt, ayant aperçu la réaction de son fils. Un voile d’acier vient plomber la couleur de ses yeux, tandis qu’il s’est littéralement transformé en statue de cire.
C’est le comte qui intervient, alors qu’Ann observe son fils en silence, la mine catastrophée.

- Antoine, est-ce que ça va? Vous êtes blanc comme un linge.

Le jeune homme n’a pas bougé, et la fourchette qu’il laisse tomber sur le coin de son assiette, fait un bruit assourdissant, se répercutant à l’infini dans le silence de la pièce et de l’atmosphère détruite.
Puis il se lève, marmonne d’une voix altérée quelques vagues mots d’excuses et quitte la salle à manger, refermant doucement la porte derrière lui. Là, dans l’obscurité du couloir, il n’hésite pas plus d’une seconde avant de se diriger vers la grande porte d’entrée. L’orage gronde en lui, et une à une les émotions naissent pour l’agiter de toutes parts. La fureur, l’inquiétude, la peur, le regret aussi. Il sait qu’Elizabeth l’attend, là-bas, dans la prairie. Franchissant le seuil, il s’enfuit dans la nuit glaciale et noire, piquetée d’étoiles aux froides lueurs.





Le 24 mai 1498,

Il fait chaud et bon, dans la petite pièce où brûle un grand feu de bois. La cheminée est éclairée de lueurs flamboyantes, mais tout le reste du salon est plus gagné par l’obscurité de la nuit, que par la lumière dansante des flammes. Dimitri et Isabelle sont tous deux assis, lui dans un fauteuil, et elle dans le large canapé à sa droite. Le jeune homme, un verre de brandy à la main, observe avec un air attendri son épouse, qui elle est penchée sur les mailles de son tricot. Il n’aperçoit pas son visage, seulement les mèches blondes de sa chevelure, courant librement sur son front et ses épaules. Ses doigts fins agitent les aiguilles, avec une rapidité déconcertante. La lumière des flammes fait scintiller, à son annuaire, la petite bague fine de diamant serti d’or.
Voilà presque un an que les deux jeunes gens sont mariés maintenant. La cérémonie a eu lieu un mois à peine après leur rencontre; sa mère s’est empressée de l’organiser, avec un enthousiasme quasi enfantin. Et puis, comme il était prévu, le comte et la comtesse ont offert aux nouveaux époux toute l’aile ouest du château, pour qu’ils puissent vivre en paix avec toute l’intimité nécessaire.
Dimitri et Marilyne s’entendent étonnamment bien, pour un couple formé de manière si hasardeuse. Ils partagent tout, s’intéressent aux mêmes choses, sont très attachés l’un à l’autre. Il n’y a qu’un problème: les deux époux ne semblent pas s’aimer de la même manière. Les sentiments de Dimitri n’ont pas changé, il voit toujours la jeune femme comme une amie, si ce n’est comme la sœur qu’il n’a jamais eu. Ceux de Marilyne n’ont fait que s’amplifier, et l’attirance qu’elle éprouvait pour Dimitri s’est mue en un amour tendre et passionné. Le jeune homme aimerait que ce fut pareil pour lui, mais il en est bien incapable, lui dont le cœur est déjà plein.
Pas un jour il n’a cessé de penser à elle, depuis qu’elle est partie, et plus encore depuis qu’on a reçu cette lettre, disant que le duc d’Armant et son épouse avaient mystérieusement disparu en mer, au large de la Côte d’Ivoire. Il est resté prostré pendant des jours, lorsqu’il a appris la nouvelle, et même Marilyne, d’habitude si naïve et si peu lucide, a remarqué que quelque chose n’allait pas.
Elizabeth est morte à l’heure qu’il est, le jeune homme en est persuadé. Et il sait aussi qu’il ne cessera jamais de l’aimer désormais. On peut oublier une vivante, on peut cesser de l’aimer, mais on ne peut oublier une morte, simplement parce qu’elle reste à jamais l’être parfait de vos souvenirs. D’elle, il n’a gardé en mémoire que les meilleurs moments. Elizabeth enfant jouant aux pirates sur la rivière, Elizabeth si belle et désirable sous ses baisers dans la prairie, Elizabeth la voix brisée lui disant qu’elle l’aime avant de s’enfuir dans la diligence. Toutes ses fautes et ses erreurs, il les lui a pardonnées, pour les effacer de sa mémoire.
Avec Marilyne, il ne voulait pas tout gâcher encore une fois. Alors il est entré dans son jeu, le jeu si facile de l’amour et de la séduction. Parce que la jeune femme ne mérite pas d’avoir le cœur brisé en apprenant la vérité, et parce qu’il tient trop à elle pour la faire souffrir autant. Faire semblant de l’aimer n’est pas si dur, après tout; c’est une créature si douce et attendrissante.

- Je vais monter me coucher, il se fait tard.

Marilyne a presque chuchoté ces paroles, pour ne pas troubler le silence paisible. Elle a posé ses aiguilles sur le canapé et relevé les yeux. Le feu éclaire ses prunelles brunes de lueurs encore plus chaleureuses et douces. Dimitri lui sourit de manière entendue.

- Monte déjà, je te rejoins dans la chambre…

Elle se lève et s’arrête pour embrasser les lèvres de son époux, dans un fugace baiser de « bonne nuit ». Lui passe une main dans sa longue chevelure blonde, murmurant à son oreille:

- Fait de beaux rêves!


Elle lui sourit, avant de s’éclipser vers la porte.
Dimitri ne sait trop pourquoi il n’est pas monté avec elle, lui aussi est fatigué. Il joue quelques instants avec son verre, faisant tourner le fond d’alcool doré dans la cavité de cristal. Puis, las, il se lève brusquement. Délaissant le verre sur le guéridon, il gravit rapidement les marches de la chambre à coucher. La paix du sommeil l’attend, il est pressé de la trouver. Il pousse la porte, mais là, ce qui lui tombe sous les yeux ne semble en rien correspondre avec ce qu’il attendait. Il se fige sur le seuil, interdit. Dans l’obscurité ambiante, il aperçoit deux silhouettes. La première, près de lui, est celle de Marilyne. La deuxième est celle d’une inconnue – oui, on dirait une femme – drapée dans un long manteau de soie sombre, scintillant sous la lueur lunaire. Il ne voit pas son visage, celui-ci est caché sous un capuchon. Le cœur de Dimitri se serre un instant, sous l’angoisse d’une peur muette. Comme pour répondre à ses interrogations, la créature ôte, d’une main de neige étonnamment blanche, sa capuche de soie.
Son cœur manque un battement. Les souvenirs affluent, par vagues, par centaines. Tout est si différent, mais tout est si semblable à la fois. Un teint de nacre. Des lèvres roses à la courbure parfaite, plus parfaite encore que dans ses souvenirs. Des cheveux acajou aux boucles généreuses. Et des yeux, étranges… Dont il reconnaît la forme mais pas la teinte.
Elizabeth. Il ne peut pas croire qu’elle soit ici. Qui est-elle? Une revenante, un fantôme? Ou l’humaine bien réelle qu’il a aimé?
Le silence dure, intact, dans la nuit calme. Dimitri n’ose prononcer une parole, il observe avec délice son âme sœur. Et s’il la quitte des yeux? Disparaîtra-t-elle dans un nuage de fumée cristalline, ou bien sera-t-elle toujours là?
Il réalise soudain la présence de Marilyne, et celle-ci lui est insupportable, dans un moment pareil. Sa voix est dure, lorsqu’il s’adresse à elle:

- Tu veux bien nous laisser, s’il-te-plaît?

La jeune femme l’observe sans comprendre, le regard plein d’effarement. Mais elle ne discute pas, et elle quitte précipitamment la pièce.
Dimitri n’a pas détourné un instant les yeux de la sublime créature. Il reste silencieux, bien trop occupé à réfléchir. Et soudain, sur le visage angélique, il voit se dessiner la mine espiègle qu’il connaît si bien. Rien n’eut pu être une preuve plus probante que celle-là. Convaincue, rassuré tout à coup, il fait un pas vers elle, brûlant de la serrer entre ses bras, d’éprouver qu’elle est bel et bien réelle.
Mais Elizabeth l’arrête, d’un mouvement de main gracieux et ferme. Le jeune homme stoppe sa course, l’interrogeant du regard. Pourquoi ne veut-elle pas qu’il s’approche?

- Reste ici... C’est plus prudent...

Sa voix est différente, plus puissante et plus mélodieuse encore que dans son souvenir. Et il note, avec inquiétude, le ton infiniment triste de ses paroles.
Le jeune homme n’ose plus bouger, il ose à peine respirer. Pourquoi son visage revêt-t-il ce masque de douleur et de sévérité? Elle semble avoir mûri et changé, même dans son caractère il ne la reconnaît plus.
Depuis combien de temps se regardent-ils ainsi? Las de sa position figée, il finit par s’asseoir au bord du lit, et le froissement du tissu semble résonner dans la pièce, tant le silence est profond. Que pourrait-il dire? Il a des milliers de choses à raconter, à lui murmurer à l’oreille, mais il ne sait pas par où commencer. Il ne sait pas comment réagir.
Tout vaut mieux finalement que ce silence insupportable. Il se lance le premier dans la conversation:

- Je te croyais morte…

A cet instant seulement, il réalise qu’elle est là. Bien réelle. Et un bonheur sans précédent s’infiltre dans ses veines, une ivresse comme il n’en a jamais ressentie de telle. Son corps s’embrase, il croit vivre un de ses fantasmes éveillé. Seule la mine douloureuse d’Elizabeth, l’empêche de fondre sur elle pour embrasser ses lèvres et caresser sa peau.
La jeune femme ferme ses gracieuses paupières, et semble se concentrer de manière excessive, avant d’ouvrir la bouche:

- J’ai bien failli…

Parle-t-elle de sa supposée disparition en mer? Il aimerait la questionner, mais il n’en a pas le temps, car déjà Elizabeth passe à autre chose, reprenant la parole, d’un ton infiniment plus triste:

- Je vois que tu n’as pas perdu ton temps…

Il ouvre de grands yeux, à l’entente de cette phrase de reproche.

- Pardon?

Le jeune homme n’en croit pas ses oreilles. De quel droit se permet-elle de lui donner des leçons, elle qui n’a jamais œuvré que pour détruire savamment leur merveilleuse relation? Pourquoi remue-t-elle ce qui fait mal, alors qu’ils viennent tout juste de se retrouver? Dimitri, trop heureux en cet instant pour être désagréable, ne répond pas. Pour la seconde fois lui vient l’irrépressible envie de rejoindre Elizabeth, pour refermer ses bras autour de son corps délicat. Et pour la seconde fois, il se retient de le faire. Son amie ne semble pas baigner dans le même état d’esprit que lui, elle est plus grave et triste qu’il ne l’ait jamais vue. Elle donne l’impression d’assister à un enterrement, plutôt qu’à des retrouvailles. Et ses yeux, invisibles, pudiquement baissés vers le sol, cela ressemble si peu à son comportement d’antan…

- J’ai sûrement mérité le fait que tu aies trouvé quelqu‘un qui te comble mieux que je désirais le faire...


Vibrante de tristesse, sa voix ne laisserait personne indifférent. Mais les mots qu’elle prononce, n’ont pas grand sens pour lui. Pourquoi parle-t-elle comme s’ils appartenaient au passé? Ne voit-elle pas que maintenant qu’elle est là, tout redevient possible?
Après un long silence, Dimitri reprend enfin la parole, mais son ton est hésitant, presque tremblant:

- Que tu désirais… ? Au futur ou au passé… ?

La jeune fille n’a guère une voix plus assurée:

- Les deux sans doute...

Si elle espère l’éclairer avec une telle réponse, c’est qu’elle le prend pour plus intelligent qu’il n’est. Lui n’y comprend rien, et il souhaite simplement ne plus voir son aimée avec cette expression détruite et désespérée. Il souffre avec elle, sans même savoir pourquoi.
Elizabeth reprend la parole:

- Je t’aime Dimitri... Je t’ai toujours aimé. Et je t’aimerais toujours... Mais je viens trop tard, et je ne peux m’en prendre qu’à moi.

Rien n’eut pu être une musique plus douce à ses oreilles. Evidemment, tout cela il le devinait déjà, mais se l’entendre dire de vive voix, ça n’est pas pareil.
Le jeune homme s’empresse de la rassurer, et il est plus que sincère:

- Elizabeth... Je ne faisais qu’essayer de t’oublier. Aucune autre n’a jamais représenté quoi que ce soit. Mais je suis tellement déçu de savoir que tout aurait pu être si simple si tu avais été plus rapide...

C’est son tour maintenant, de regretter ce qu’il a fait. Elizabeth est revenue, mais lui est marié désormais, et choisir son âme sœur ne sera plus si facile. Il songe à Marilyne.
Pourquoi faut-il toujours que quelque chose se mette en travers de leur bonheur? Le destin semble prendre un malin plaisir à les séparer, encore et encore. Las, il avance d’un pas vers Elizabeth, espérant qu’elle ne le repousse pas cette fois-ci. Sa présence, son contact, seront les plus efficaces des réconforts. La jeune fille ne fait rien pour l’empêcher de s’approcher, aussi il est à ses côtés en quelques enjambées. Dimitri soulève son menton fin, notant au passage la froideur étrange de sa peau. Il sent son propre cœur battre, erratique; lui est si troublé par la proximité de son amie.
Les rayons lunaires filtrent par la fenêtre, et il peut enfin contempler le visage de son aimée, éclairé par la faible lumière. Elle est tellement belle. Plus belle encore que dans son souvenir, belle à vous couper le souffle. Sa peau est quasi translucide, d’une blancheur virginale et d’une douceur exquise. Ses lèvres même ont pâli. Mais ses yeux, d’habitude d’un violet foncé, ont pris une couleur bordeaux, tirant sur le noir d’encre. Ses pupilles sont fascinantes, hypnotiques.

- Tu es différente… murmure-t-il d’une voix émue.


Il n’a pas peur, il fourmille simplement d’interrogations. Et lorsqu’ Elizabeth lui sourit en retour, son cœur ne manque pas d’avoir un sursaut. Leur passé, leur enfance, tout cela parait si proche soudain.

- Si je te disais que nous avons la possibilité de rester ensemble pour l’éternité, tu me ferais confiance?

Elle ne cesse de piquer sa curiosité, à chacune de ses paroles. Que peut-elle bien vouloir dire? Veut-elle qu’ils s’échappent tous deux dans la nuit noire, laissant derrière eux leur passé respectif pour commencer une nouvelle vie?
Il stoppe là ses douteuses suppositions:

- Tu as toute ma confiance...

Elizabeth s’est approchée de son cou, avec une rapidité féline. Elle croise son regard, ses pupilles sombres sont pleines d’appréhension. Dimitri ne comprend ni son geste, ni son expression, mais il n’a pas le temps d’y réfléchir plus avant. Il sent soudain, au creux de sa nuque, la morsure de deux dents, acérées comme les lames d’un poignard. La douleur est aigue, déchirante. Sans même pouvoir se contrôler, il laisse ses lèvres former un hurlement effroyable. Mais la souffrance ne s’arrête pas, elle ne décroit même pas. C’est encore pire, il lui semble. A la douleur d’une plaie béante, s’ajoute une torture insupportable, comme si la chair déchiquetée avait soudain pris feu, mêlant son sang à des braises ardentes. Il ne peut même plus penser à autre chose, un océan de douleur, partout. Il sent seulement sa tête tourner, ses jambes se dérober sous lui. Et puis tout devient noir.


Dernière édition par Dimitri J. Levine le Jeu 12 Mai - 19:53, édité 3 fois


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 19:14

Lorsque j’ai repris conscience, il faisait noir. Derrière le voile de mes paupières, il n’y avait que l’obscurité.
Et la souffrance. Aigue, acérée, impitoyable. Je respirais par grandes goulées étouffées, à peine conscient de mon corps qui prenait une position douloureusement recroquevillé, dans l’espoir d’apaiser le mal.
Mais rien ne l’apaisait, et cela semblait durer des heures, des jours. La plus abominable de toutes les tortures, qui se prolongeait à l’infini. Inutile et impossible à décrire, mieux vaut l’oublier.
Cependant, il me paru bien un moment qu’elle se faisait moins cruelle. A mesure que mes souvenirs revenaient, la douleur s’atténuait, mais c’était tellement infime. Je revoyais d’étranges choses, pensées brumeuses et déformées: une luxuriante chevelure acajou, les reflets argentés de la lune, une morsure atroce au creux de mon cou, une voix suave aux accents familiers.
Mais tout était si flou. Déjà les souvenirs m’échappaient. Je parvenais seulement à suivre la montée de la lumière derrière mes paupières alourdies, le seul indice d’une évolution perceptible, dans cet océan figé et incohérent.
Enfin, ce fut fini. A l’instant même où la douleur se termina, je retrouvais toutes mes sensations, avec une acuité saisissante. J’étais allongée, dans un lit sans doute, au vu du tissu frais et doux. La seconde suivante, j’ouvrais les yeux. Aussitôt, le soleil inonda mes pupilles de sa clarté époustouflante; c’était l’aube.
Je restais saisi un instant, parce que je ne reconnaissais rien. Pas rien de l’endroit – c’était sans nul doute ma chambre. Plutôt rien à mon corps; je ne voyais pas avec mes propres yeux. Chaque objet, chaque détail, je pouvais l’observer avec une précision acérée, affolante. Les petits grains de poussières, voguant dans les rayons dorés du soleil, je les voyais eux-mêmes comme des objets, des êtres à part entière.
Mes autres sens n’avaient pas été épargnés. Je sentais nettement, du lit, les odeurs du vase de fleurs sur la cheminée – lilas, mimosa, peut-être y avait-il aussi une ou deux tiges de lavande – et les draps avaient l’odeur du savon, de la sueur. Je percevais, sans même y prêter attention, une multitude de sons différents, d’un chant d’oiseau au crissement des sabots sur le chemin au long, en passant par l’agitation en cuisine, deux étages plus bas.
L’angoisse me serra le ventre, tandis que l’incompréhension me gagnait. Si le présent était éclatant de clarté, le passé ne l’était pas. Qu’était-il arrivé? Pourquoi ne parvenais-je pas à me souvenir? Je fis un ultime effort, et la dernière scène connue me revint en mémoire, floue: Elizabeth était venue, nous avions parlé, jusqu’à ce qu’elle me morde au creux du cou. Voilà qui ne m’aidait pas beaucoup. Je sentis mes gestes, étonnamment fluides, lorsque je me pris la tête dans les mains.
Quelque chose m’empêchait de réfléchir. A cet instant, je ressentis cette douleur étrange dans ma gorge, comme une sècheresse qui vous brûle intensément. Je ne l’avais pas remarquée auparavant, simplement parce que j’étais éveillé depuis seulement quelques secondes, et parce qu’elle était si faible comparée à la douleur qui l’avait précédée.
Les minutes passaient. Un bruit me fit tressaillir; celui-ci s’approchait, déjà plus distinct que les autres. Sentant le poids d’un instinct nouveau écraser ma poitrine, je ne pipais mot, ne bougeant ni ne respirant. Pas léger, robe de velours effleurant le sol, c’était une jeune femme à n’en pas douter. L’image d’une demoiselle blonde s’imposa à moi, ainsi que le nom d’Isabelle. Mon épouse. Je me rappelais maintenant.
C’est à cet instant que je perçus une odeur… Mon Dieu, une odeur si délicieuse et tentatrice, une odeur à se damner. Je comprimais le drap entre mes doigts, si fort qu’il n’en resta plus que quelques lambeaux.
Les pas piétinaient derrière la porte, puis elle s’ouvrit; une nouvelle vague de senteurs me cloua sur place. Enfin, rien qu’un instant. Le temps d’apercevoir cette tête blonde familière, de voir son visage s’éclairer, et d’entendre ses dernières paroles:

- Dimitri, vous êtes enfin éveillé! Vous allez mieux?

Ensuite, tout a dérapé. C’était comme si cet instinct avait pris le contrôle de mon corps, le dissociant de mon esprit. Son odeur était ahurissante, à faire hurler ma gorge de douleur. En une fraction de secondes, j’étais sur elle, plantant avec hargne mes dents dans la chair tendre de son cou. Nous tombâmes au sol, et j’entendis le craquement lugubre des os de sa nuque. Je buvais à grandes goulées le liquide rouge et bouillonnant. Saveurs, odeurs, il n’y avait même pas de mots pour les décrire. Je bus jusqu’à la dernière goutte, jusqu’à ce que sa peau soit translucide.
Quelques minutes passèrent. C’est le temps qu’il fallut à mon esprit pour reprendre le dessus. Il aurait mieux valu que ça n’est pas lieu, parce qu’à l’instant même où je repris conscience, le monde s’écroula autour de moi. Je contemplais le cadavre de Marilyne. Elle était morte. Morte. Et je l’avais tuée.

Les heures passaient, sans que j’aie bougé d’un pouce, couché sur le sol, la tête posée sur l’épaule de la jeune morte, le visage enfoui au creux de son cou. Je pleurais d’étranges sanglots sans larmes. La douleur à la gorge avait disparue, mais cette nouvelle douleur, celle du cœur et de l’esprit, était bien pire.
J’avais eu le temps de réfléchir. Recoupant mes actes à ces contes pour enfants et aux vieilles légendes populaires, je croyais avoir compris ce que j’étais désormais. Quelles autres créatures s’abreuvaient de sang, si ce n’étaient les vampires? La nouvelle apparence d’Elisabeth, ainsi que ses paroles, prenaient un tout autre sens désormais. Par sa morsure, elle avait fait de moi son égal.
A l’époque de ma transformation, les croyances en le diable et les créatures du Mal étaient tenaces, aussi je n’avais pas eu tant de mal à admettre que toutes mes hypothèses fussent véridiques. Une question subsistait cependant: où était Elisabeth? Elle pouvait être n’importe où, mais elle m’attendait sans doute – je n’étais pas le moins du monde au courant de la procédure d’une transformation. Cependant, et malgré ma tristesse écrasante, j’avais une envie ardente de la retrouver. Il fallait que je parte de toute façon, je n’avais plus rien à faire ici.
Ma décision prise, je me relevais doucement, comme par peur de troubler la paix de la défunte. Ses traits étaient figés dans une éternelle expression de terreur. Délicatement, je fermais ses paupières, puis je la portais jusqu’au lit, comme on porte une plume. Elle reposait à l’exacte place où je me trouvais auparavant, et les rôles semblaient inversés. Serrant les dents, retenant sans y parvenir la culpabilité qui m’étouffait, je déposais un baiser sur son front. Puis je déguerpis par la fenêtre, dans le soleil désormais au zénith.

Je n’ai pas mis longtemps à retrouver sa trace. Une odeur délicate et excessivement sucrée, qui courait comme une traînée de poudre vers l’est. Dans ma hâte de la rattraper, je ne m’arrêtais même pas lorsque je remarquais, avec effarement, que ma peau scintillait comme du diamant au soleil. C’était magnifique, mais tout s’arrêta instantanément lorsque je pénétrais dans le couvert sombre des bois. Décidément, ce nouveau corps n’avait pas fini de me surprendre.
Je courus pendant des heures, à la suite de cette trace. Je courais à une vitesse affolante, sans faire le moindre effort. Bientôt, je frôlais la frontière autrichienne, sans avoir encore déniché ce que je cherchais. Mais à quoi jouait-elle? N’aurait-elle pas dû m’attendre dans un endroit plus accessible? Ou prenait-elle un malin plaisir à jouer au chat et à la souris? Le doute commença à s’insinuer en moi, cependant je ne doutais jamais de la trace que je suivais. Celle-là était véridique, j’en étais persuadé.
Je courais, je courais toujours, dans la forêt sombre, mais jusqu’où avait-elle pu aller? Il faisait de plus en plus noir, sans doute la nuit qui tombait. Soudain, un éclair stria le ciel, suivi de près par le roulement du tonnerre. Un orage. Quelques secondes plus tard, la pluie tombait à torrent. J’étais trempé jusqu’aux os – mais je n’avais pas froid pourtant. Les gouttes translucides battaient devant mes yeux, cependant que je me concentrais intensément. L’eau emportait tout avec elle, y compris les odeurs. Je ne percevais plus qu’un petit filet sucré, une senteur si ténue que j’aurais pu la perdre. J’avançais toujours, mais l’espoir s’amenuisait. Cela dura une heure ou deux encore, sous la pluie battante; je faisais souvent demi-tour, courant après des chimères.
Mais il arriva un moment où je ne sentis plus rien. Je m’arrêtais au beau milieu des arbres, horrifié. L’odeur ne vivait plus que dans mon souvenir.

Des heures ont passé, encore. J’ai vu la nuit recouvrir le ciel, mais il n’y avait pas d’étoiles, seulement des nuages sombres, et la pluie. Puis le soleil s’est levé, pâle à l’horizon. Je n’avais pas bougé; je ne savais pas où aller. Je n’avais ni froid, ni faim, je pouvais rester immobile sans même me fatiguer. Si je restais ici, peut-être me retrouverait-elle plus facilement? Le silence était assourdissant, l’orage semblait avoir emporté avec lui toute forme de vie.
Soudain je perçus un bruissement dans les arbres, plus léger qu’un murmure mais perceptible quand même. Un instant plus tard, ils apparaissaient du couvert des arbres, trois silhouettes pâles, félines, au regard ocre familier. Elles se déplaçaient avec une rapidité et une discrétion saisissantes. Deux hommes, le premier grand aux cheveux blonds, le second plus robuste aux cheveux bruns. La troisième était une femme, mince et délicate, à la chevelure dorée très claire. Mais tous avaient une expression de sauvagerie animale sur le visage, de grâce toute féline aussi. Ils étaient vêtus de haillons beiges aux teintes sales, mais n’en semblaient pas incommodés.
Le premier, le blond, s’avança vers moi. Il le tendait une main polie, mais je me contentais de l’observer avec effarement. Il faisait des politesses?
Il n’en prit pas ombrage, puisqu’il se présenta tout de suite après:

- Je suis Alexei, voici Antoine – il désignait l’homme brun – et Daria – il sourit à la jeune femme blonde. Nous venons des contrées du Nord, et nous nous rendons à Volterra.

Il fit une pause, semblant attendre une réaction de ma part. Mais ce nom ne me disait rien du tout, et je ne pipais mot. Il poursuivit:

- Nous avons fait un détour pour vous retrouver, dès que nous avons détecté votre trace. Ça n’est pas souvent qu’on rencontre des gens de notre espèce.

Puis il s’attarda à observer mes yeux.

- Vous n’êtes pas bien vieux…


Je suis resté plus d’un mois en leur compagnie. Je n’ose pas imaginer ce qu’aurait été ma vie, mon futur, si je ne les avais pas trouvés. Sans doute un long défilé de massacres, assouvissant ma soif, sans jamais comprendre ce que j’étais devenu, pour finir éliminé par la garde des Vampires noir. Ils étaient mes sauveurs en quelque sorte, présents alors qu’Elizabeth avait déserté.
Alexei et Daria étaient frères et sœurs, Antoine venait de les rejoindre. Le matin de notre rencontre, alors que la pluie tombait encore en gouttes légères, nous avons parlé des heures durant. Je posais les questions, j’écoutais les réponses. Alexei était d’une nature incroyablement patiente et douce, et je crois qu’il avait eu à mon égard, dès les premiers instants, le désir de me prendre sous son aile.
Nous retournâmes tous les quatre en direction de Nîmes, jusque près du Manoir. Si peu d’interrogations subsistaient, il en était une que nous n’avions pas réussi à éclaircir: où se trouvait Elisabeth? Bien sûr, je leur avais raconté, avec le plus de détails possibles, les circonstances de ma transformation. Mais eux-mêmes n’avaient pas réussi à trouver une explication plausible à la désertion de mon amie. Aussi, puisqu’elle était introuvable, nous avions décidé de l’attendre, et le Manoir était le lieu idéal pour attendre son retour.
Un mois passa, mois durant lequel la compagnie de mes pairs occulta un peu ma tristesse, ma culpabilité. Cependant, le clan devait reprendre sa route vers Volterra, ils ne pouvaient rester éternellement bloqués au Sud de la France. J’hésitais à partir avec eux, comme ils me le proposèrent maintes et maintes fois. Je redoutais de me retrouver seul, mais je savais aussi que m’en aller signifiait ne jamais retrouver celle que je cherchais.
Finalement, par une nuit chaude de juillet, ils partirent. Encore une fois, le destin m’arrachait ceux auquel je tenais. A l’orée de la forêt, le cœur vide, je les regardais s’éloigner, leur peau brillant faiblement sous la lueur des étoiles. Les reverrais-je jamais?


Dernière édition par Dimitri J. Levine le Jeu 12 Mai - 20:08, édité 1 fois


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 19:58

Comme lorsque j’étais humain, la solitude me pesait. Seul, je n’avais rien de mieux à faire que de ressasser ma peine, mes angoisses. Je me donnais l’impression d’être un animal, une bête, vivant dans les bois sans jamais apercevoir la lumière. Mes vêtements avaient la même allure que ceux du clan d’Alexei désormais, de vieilles loques informes. Chaque fois que je croisais mon reflet, dans le cours d’un ruisseau ou que sais-je, je frissonnais devant mes yeux d’un rouge incandescent, terrifiant. Je n’osais me rapprocher des villages et des habitations, de peur de déraper une seconde fois.
Pourtant, j’avais chassé de nombreuses fois depuis le funeste jour de mon réveil. Mais je m’étais éloigné le plus possible, pour ne pas éveiller les soupçons, et surtout pour ne pas faire de mal à des gens que j’aurais pu connaitre. Mais ça n’était pas suffisant. Chacune de mes victimes restait gravée dans ma mémoire, insupportable source de culpabilité. Je me haïssais tellement, de devoir étancher ma soif. A quoi bon éliminer des vies au profit d’une seule – la mienne. Mes victimes connaissaient le bonheur et l’espoir, et pourtant elles mourraient, pour que je survive dans l’obscurité et la tristesse. Il n’y avait pas de logique là-dedans; cependant j’étais immortel, et je ne pouvais vivre sans tuer. Je n’avais pas le choix.
Une seule fois, je m’étais rendu au Manoir. Enfin, tout près, dans le cimetière familial. Macabre destination, mais où j’avais eu besoin de me rendre. Marchant entre les tombes baignées de la froide lueur lunaire, j’avais fini par trouver.

« Marilyne Rose Vandamme, épouse Levine, 1495 - 1498 »

J’avais simplement posé ma joue sur la pierre glaciale, aussi froide que ma peau. Le lever du soleil m’avait forcé à déguerpir mais, étrangement, cette visite soulagea ma peine.
Restait Elizabeth. Un mystère complet, celui qui ne me laissait jamais en paix. Elle ne revenait pas, et mes espoirs s’amoindrissaient à mesure que les jours passaient. Pourquoi était-elle partie? J’avais l’éternité pour y réfléchir, et je m’y employais. Plusieurs options s’imposaient à moi. La première, celle que je jugeais la plus plausible: Elizabeth avait changé d’avis, ou bien avais pris peur, en entrevoyant l’éternité à mes côtés; elle avait préféré fuir pour préserver sa liberté. Seconde hypothèse, elle avait considéré ma transformation comme une sorte de vengeance, contre je ne sais quel faute que j’aurais pu commettre. Cette hypothèse-là était plutôt bancale, mais surtout je l’aimais trop pour la considérer capable de ça. Dernière hypothèse, celle-là ne venait pas de moi mais d’Alexei. Il avait eu à transformer sa sœur, aussi il connaissait la difficulté d’une transformation, et il m’avait soufflé que, peut-être, Elizabeth s’était enfuie parce qu’elle croyait avoir échoué. Cette option-là était sans doute la pire, parce qu’elle ressemblait à une tragédie shakespearienne, et qu’elle me faisait garder espoir. De faux espoirs.

Je restais près d’un an dans la région, puis je partis. Je n’avais plus le cœur à l’attente, il fallait que je donne un autre sens à ma vie.
Je choisis le Nord de l’Angleterre, parce que le soleil s’y montrait rarement, et que je savais parler anglais quasi-parfaitement grâce à ma mère.
La nuit abrita mes adieux, je passais au Manoir pour contempler une dernière fois les lieux, plein de regrets. Une nouvelle vie commençait, inconnue.
Je parcourais la France en un temps record, à peine une journée. Puis je traversais la Manche à la nage.
Les landes anglaises étaient de purs bijoux de beauté, sauvages, déchiquetées par le vent. Je retrouvais mon humeur dans ce paysage de désespoir. En quelques jours, je dénichais une propriété à l’abandon, où je m’installais. Tout y était détruit, à reconstruire et à remeubler, mais justement c’est cela qui m’intéressait. Je me changeais les idées quand, chaque nuit, je parcourais des kilomètres pour aller voler aux humains de quoi réfectionner tout ça. En quelques semaines, je retrouvais un logis confortable, presque luxueux, dont j’avais été privé pendant plus d’un an.
La routine s’installa, bercée par ma tristesse et mes rares moments d’apaisements. Je ne pouvais pas être heureux, mais je cherchais au moins la paix. Chaque matin, devant l’aube naissante, je me concentrais sur les souvenirs de ma vie humaine. Ils étaient brouillés et flous, ce qui me désespérait. Mais pire encore, ils s’effaçaient avec le temps! Je ne voulais pas oublier ma vie d’avant, et surtout je voulais conserver intact le souvenir du visage d’Elizabeth. Aimer un fantôme sans image me paraissait trop affreux pour que je m’y risque, aussi ces exercices matinaux étaient nécessaires.
J’avais déniché un tas d’occupations, à commencer par un magnifique violon et un piano à queue. Mes talents musicaux de jeunesse s’avéraient parfaits pour faire passer le temps. De plus, ma progression dans l’art difficile de la musique, était à peu près la seule chose qui me rattachait au temps qui passe, à une évolution. Tout semblait figé dans mon éternelle jeunesse, je n’avais plus de contacts avec le monde, plus d’attaches.
De nombreuses années passèrent, des décennies même, avant que je ne me décide à revenir dans le monde des vivants. C’était une pâle matinée d’hiver, les nuages obstruaient le ciel. Je m’ennuyais à mourir, comme d’ordinaire. Surtout que je venais de terminer le dernier livre en ma possession. Mes angoisses habituelles m’étouffaient, comme à chaque fois que je ne m’occupais pas l’esprit.
Après tout… peut-être aurais-je la force de contrôler ma soif? Je n’avais pas adressé la parole à quelqu’un depuis tant d’années… Soudain la tentation était trop forte; je pris la direction du village le plus proche. Trouver une librairie me semblait un parfait prétexte.
Marcher dans les rues en pleine journée était tellement étrange. Les gens m’observaient avec curiosité – les femmes avec fascination. Je sentais leur odeur, mais j’y résistais et avec beaucoup plus de facilité que je l’aurais cru. Lorsque je m’engouffrais dans la libraire, j’étais tendue comme jamais auparavant. Dix minutes plus tard, je ressortais avec une pile de livres, le cœur au bord des lèvres, heureux cependant.

Après cet épisode si satisfaisant de contact avec l’humanité, je décidais de poursuivre l’expérience. Je partis en voyage de nombreuses fois, à Paris, Vienne, Rome et Venise, Saint-Pétersbourg, et tant d’autres. Tous les endroits que j’avais rêvé de visiter. Bien sûr, ça n’était pas pareil, puisque je les visitais la nuit, et seul. Mais tout cela était plus que je n’avais jamais espéré. Je me rendis même à Volterra, chez la ‘famille royale’. Mon séjour ne dura pas longtemps, car je n’y trouvais pas ceux que j’avais cherchés – Alexei, Antoine et Daria. Par ailleurs, je préférais la liberté à la compagnie des Vampire noir, cette famille par trop dominatrice, qui se montra plus que froide à mon égard. Je n’avais pas de don, je ne les intéressais pas.
Malgré les siècles défilant devant mes yeux, je n’avais pas oublié Elizabeth, loin de là. Les vampires ont ce talent de ne pas oublier, jamais. Mes sentiments pour elles étaient comme gravés dans le marbre de ma peau, indélébiles. J’étais revenu, plusieurs fois, au Manoir, mais elle n’était jamais présente. L’espoir n’y était plus; je savais que je ne la retrouverais pas.

C’est au cours d’un de mes voyages, alors que je parcourais l’Irlande, que je rencontrais le clan de Siobhan. Je devais approcher des 500 ans.
Flairant leur trace, je me rendis jusqu’au lieu où ils habitaient, un grand manoir aux airs de forteresse. Mise à part les Vampires noir, et quelques vampires solitaires parcourant mon territoire, je n’avais pas eu beaucoup de contacts avec ceux de mon espèce. Eux, par contre, me plurent dès que je les rencontrais. Ils étaient trois: Siobhan, Liam sa compagne, et Maggie. Ils me ressemblaient beaucoup, vivaient une existence simple et calme, proche des humains, répugnants à la chasse mais chassant tout de même, le moins possible. Ils m’accueillirent à bras ouverts. Oubliant pour un moment ma maison anglaise, je m’installais au manoir, et m’intégrais à la famille. C’était tellement agréable de pouvoir parler, sincèrement et librement, avec des personnes qui vous comprenaient. Je savais déjà que je ne repartirais pas. La solitude me terrifiait désormais.
La plus jeune, Maggie, était toujours charmante avec moi, beaucoup plus que nécessaire. Ses sentiments et ses intentions à mon égard étaient limpides, cependant j’hésitais encore à me laisser tenter. Maggie était superbement belle, certes, avec ses traits de poupée et ses boucles rousses. Elle était pleine de qualités, un peu trop justement: elle possédait un don unique, celui de pouvoir deviner qui mentait. Un don qui risquait de poser problème si la demoiselle attendait de moi plus que de l’attirance.
Je finis par accéder à sa requête, et ne le regrettais pas. Nous enchainions les nuits délicieuses et, même si mon cœur n’y était pas, je crois que je m’amusais tout autant qu’elle. Aux yeux de Siobhan et Liam, nous étions un couple à part entière.

Les années passaient. Cela devait faire sept ans que j’habitais l’Irlande, quand les choses se compliquèrent. Maggie se montrait de plus en plus froide à mon égard et, un soir, je la trouvais prostrée dans sa chambre, agitée de sanglots sans larmes. Je me penchais vers son visage, dans un geste consolateur, mais elle me repoussa violemment. Ses yeux étaient révulsés de fureur.

- Pourquoi ne m’as-tu jamais dit que tu m’aimais?


Sa voix dérailla dans les aigus. Après tout ce temps, bien sûr, elle avait deviné. Combien de fois m’avait-t-elle avoué ses sentiments sans que je ne révèle rien des mien? Il faut croire que cette relation à sens unique ne lui suffisait plus.

- Dis-le-moi! Maintenant!

Elle était proche de l’hystérie, m’attrapant le poignet et le serrant avec une force incroyable. Je préférais garder le silence, plutôt que de lui révéler un mensonge qui la ferait infiniment plus souffrir.

- Je suis désolée, Maggie… Je ne peux pas…

- Va-t-en, alors! Tu me dégoutes!

Elle griffa mon poignet de ses ongles, avant de le relâcher. Je ne l’avais jamais vue autant hors d’elle. Je quittais la pièce, en soupirant.

Malgré tous mes efforts, la situation ne s’était guère améliorée. Maggie et moi avions eu de nombreuses discussions tous les deux, plus calmes que la première, mais elle refusait toujours de me pardonner. Je ne pouvais l’en blâmer, je constatais surtout que j’avais mal jugé l’ampleur de ses sentiments.
Maggie m’évitait, Siobhan et Liam étaient coupés en deux, et surtout ils m’en voulaient. Je ne pouvais pas rester.

Je partis à l’aube. Les adieux à Liam et Siobhan n’avaient pas été faciles, mais je ne regrettais pas ma décision. Leur clan allait retrouver la paix, Maggie se remettrait. Quant à moi j’étais follement grisé par l’aventure qui m’attendait. Comme avant chaque voyage, je pensais à Elizabeth. Elle qui n’avait jamais pu me raconter son tour du monde.
Je fis route vers l’océan Atlantique, jusqu’aux falaises déchiquetées de la côte Irlandaise. Je plongeais sans arrière-pensées, goûtant la longue chute avant que mon corps n’entre en contact avec l’eau fraîche. La partie de nage commençait.

La plaine du National Olympic s’étendait sous mes yeux. Au loin on apercevait de hautes montagnes enneigées, mais sinon tout n’était que vert, moussu, baigné d’une pâle lumière. Les nuages recouvraient le ciel, pas un seul rayon de soleil ne filtrait. C’était parfait.
Je dévalais la colline, la dernière qui me séparait de mon but. L’air frais fouettait mon visage, caresse délicieuse parfumée d’odeurs de pluie, de mousse,…
J’apercevais enfin la grande maison blanche, pareille à celle que m’avais décrite Siobhan avant mon départ. Il régnait cette odeur sucrée caractéristique; je savais que j’étais au bon endroit. Et, comme pour le confirmer, sortit de la bâtisse une petite fée sautillante et frêle, suivie de près par un jeune-homme blond. Il semble que j’étais attendu. Souriant, j’accélérais l’allure. Voudraient-ils de moi, au moins le temps d’apprendre à les connaitre? Je l’espérais. Mais je savais aussi que leur refus ne me laisserait pas à terre, car la vie et ses méandres m’avaient appris depuis longtemps à rebondir. Dans les pires moments de mon existence même, j’avais su regagner la surface. On m’avait enlevé le seul être auquel j’avais jamais tenu, pourtant je vivais encore. Je survivrais à n’importe quoi désormais. Et, qui sait, peut-être le monde n’était-il pas si mal fait? Peut-être finirait-il par réunir ces deux pauvres âmes séparées par le sort, qu’étaient la mienne et la sienne?


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Jeu 12 Mai - 20:18

FINI 20


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Ven 13 Mai - 3:00

O.O

Waaaah c'est de la fiche ça !
Tu mérites d'être validé rapidement lol
Moi si je n'avais pas fait autant de fiches de présentations dans tout mon histoire rp, j'aurais fait l'effort de la faire longue aussi xD Hum, j'ai développé une allergie à la longue !

Well, bienvenu !
Si tu veux un lien tu te gênes pas !



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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Ven 13 Mai - 10:43

Merci beaucoup ^^ Je me suis un peut lâcher sur l'histoire mais j'en est passer du temps dessus ^^


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Ven 13 Mai - 11:57

WHAT A F....ICHEE XD nah sérieux, bravo *.*


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Ven 13 Mai - 14:01

Merci mais je ne les pas vraiment faite tout seul ma soeur qui est forte pour les fiche rpg ma donner beaucoup d'idée et je la remerci <3


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Ven 13 Mai - 14:10

ouai mais c'fait pour ca aussi x) vivement que tu sois validé, jtaime bien déjà toi <3 ^^


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Ven 13 Mai - 14:13

Ho sa c'est gentille ^^


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini] Ven 13 Mai - 14:13

ben c'vrai x)


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MessageSujet: Re: Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini]



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Dimitri... Ange ou Démon?! [Fini]

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